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L' ivresse
Écrit par Roub   
30-04-2008

     Huit mois, trois saisons, vingt matchs, plus de 1600 minutes de rugby le dimanche et il n'en reste que dix à jouer. Un soleil puissant qui irradie les visages et un vent chand qui assoiffe les gorges mais n'épanche pas la soif de victoire, c'est presque fini.

     Les jambes fatiguées sont pourtant légères, des cris sur le terrain et ses abords, des plaquages, il faut encore se replacer. Le souffle est court, je suis cuit, pourtant je me redresse facilement, le temps s'égrène. Un adversaire sort des limites du terrain, j'entend l'arbitre annoncer qui'il reste environ cinq minutes avant de clore officiellement la rencontre, on est arrivé. Les idées se bousculent dans ma tête, un tourbillon qui balaie tout sur son passage, je nous revois attaquant la colline sous un soleil de plomb au cours du stage du mois d'août, je nous revois gangnant la demi-finale une semaine plus tôt, je revois l'essai de filou de Loulou en première mi-temps, je me revois tentant des pénalités dans le jardin de mes parents quinze ans plus tôt, je revois "la Buse" réussir la sienne de quarante cinq mètres pour mener 24 à 0... c'est un défilé à plus de 24 images seconde qui inonde l'esprit comme les larmes chaudes qui coulent le long de mes joues.

     Un arrêt de jeu interminable, c'est la fin, je craque. Les premières accolades sont de fortes étreintes comme quand l'on se pince pour sortir d'un songe. Le ballon sort à nouveau en touche, je cherche des yeux le juge de jeu, je le trouve, c'est le moment vas-y, siffle, libère tout le monde, il regarde sa montre et exécute le plus beau coup de sifflet qui m'ait été donné d'entendre...

     Je cours (...) je saute (...) je pleur (...) j'hurle (...), j'atttrape un pote qui passe à proximité, je l'enlace et le serre contre moi. J'embrasse goulûment ma bien aimée qui m'accorde son plus beau sourire. Les sourires sont d'ailleurs sur tous les visages, OOOUUUAAAAIIIIIISSS, je cours (...), j'hurle (...)

     C'est gagné, nous improvisons une mêlée ouverte sur le terrain de notre victoire, les gars pris en dessous supportent en rigolant la vingtaine d'énergumènes qui pèsent sur eux. On se regroupe en cercle, le regard affolé se jette sur tous ceux qui nous entourent, plusieurs accolades magnifient ce moment. Il faut aller chercher le bouclier que je me surprends à appeler "le machin". Quelques marches à gravir pour accéder au podium, ce ne sont pas celles du Stade de France mais la fierté est immense, les têtes sont hautes. On nous dit de nous presser, merde alors est-ce que l'on a dit à César avant ses triomphes: "dépêche-toi de défiler la soupe va refroidir!!!!".

     Bastien, Bingo, Pascal et Ludo sont face à nous, on cherche du regard le graal alors que visiblement le préposé aux mercis fait une distribution de je ne sais quoi. Enfin il se décide à nous donner notre bien, le bout de bois est penché vers nous, il faut le toucher on le frappe de la paume. Je le saisi fait quelques pas en courrant avec l'idole à bout de bras: "je suis champion". On me court après, je me stoppe, un plaisir ne vaut que s'il est partagé: "NOUS SOMMES CHAMPIONS".

     Le bouclier prend place au milieu du groupe qui se lie autour. Il passe de main en main, on le frappe, on l'embrasse, le caresse, le mire. C'est la joie, le bonheur. Il faut apprécier cet instant, le déguster comme cette première bière qui curieusement à un goût différent de toutes celles que l'on a pu boire auparavant. Le temps file à toute vitesse, plus vite encore que ne s'évaporent nos bières, nos coupes de champagne.

     C'est un sentiment de pleinitude, d'accomplissement, de force qui nous possède depuis la fin de la rencontre: c'est l'ivresse. nous sommes nombreux à avoir cherché à prolonger cette sensation par la consommation de breuvages de colorations et de goûts divers qui tout comme cette fameuse bière avaient une saveur nouvelle ce dimanche.

     L'ivresse de la victoire, la fièvre du dipso nous on fait passer une soirée fantastique, à nous de conserver cet état d'esprit, de cultiver le souvenir de cette journée, pour que pétille toujours l'ivresse de ce moment en chacun de nous.

 
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